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Assassin’s Creed : pourquoi la série a perdu son âme

Par JackFrost · · 23 min de lecture

Par JackFrost Rédacteur de Game.fr. Analyse éditoriale fondée sur les avis Steam consultés pour plusieurs épisodes, les informations publiques d'Ubisoft et les résultats financiers officiels.
Publié le 6 septembre 2026 — Mis à jour le 6 septembre 2026 avec les dernières données disponibles sur Black Flag Resynced

evolution de la licence Assassin Creed Altair Naoe Yasuke
De Jérusalem à Fuji, dix-neuf ans d'une identité en mutation.

Il est difficile de parler d'Assassin's Creed avec une totale neutralité lorsque l'on accompagne la série depuis ses débuts. Après avoir confronté les avis Steam disponibles pour plusieurs épisodes aux dernières données financières d'Ubisoft, voici une analyse jeu par jeu de ce que la licence a gagné — et surtout perdu — en dix-neuf ans.

Assassin's Creed : De la vision de Patrice Désilets à l'ère Tencent. Le regard critique d'un fan sur une saga qui cherche encore son identité.

Ce qu'il faut retenir

  • La communauté Assassin's Creed n'est pas unanime : elle est divisée entre nostalgiques de l'infiltration urbaine et amateurs des grands RPG historiques (Origins, Odyssey, Valhalla).
  • Les évaluations Steam disponibles pour plusieurs épisodes confirment l'attachement à des jeux très différents : AC II et Black Flag restent très bien notés, tandis qu'Origins et Odyssey conservent eux aussi une excellente réception sur la plateforme.
  • Ubisoft a engagé une forte restructuration : environ 1 200 postes ont été supprimés sur l'exercice 2025-2026 et les réservations nettes ont reculé de 17,4 %. Les résultats annuels d'Ubisoft détaillent cette restructuration. Assassin's Creed fait désormais partie de Vantage Studios, structure contrôlée et consolidée par Ubisoft, dans laquelle Tencent détient une participation économique de 26,32 %.
  • Black Flag Resynced, sorti le 9 juillet 2026, a obtenu dès son lancement 85 % sur OpenCritic et 84 % sur Metacritic, Ubisoft le présentant comme le jeu Assassin's Creed le mieux noté depuis Black Flag (2013).

Comment cette analyse a été réalisée

Les appréciations consacrées à la réception des jeux s'appuient notamment sur les pages Steam consultées au 5 septembre 2026. Les chiffres financiers et la structure de Vantage Studios sont vérifiés auprès d'Ubisoft. Les données de lancement de Black Flag Resynced proviennent également d'Ubisoft. Les avis Steam constituent un indicateur de communauté, pas un sondage représentatif de l'ensemble des joueurs.assassin creed

Quel Assassin's Creed a le mieux vieilli ?

La réception sur Steam donne un bon indicateur de la perception actuelle de plusieurs épisodes. Les pourcentages ci-dessous correspondent aux évaluations en anglais affichées par Steam au 5 septembre 2026 et peuvent évoluer.

Épisode Année Identité Réception Steam Ce qui reste marquant
Assassin's Creed II 2009 Action-aventure / infiltration 86 % positif Ezio, Renaissance, narration
Assassin's Creed IV Black Flag 2013 Action-aventure / naval 85 % positif Edward, mer, exploration
Assassin's Creed Unity 2014 Infiltration / parkour 74 % positif Paris, parkour, coop
Assassin's Creed Origins 2017 RPG historique 84 % positif Égypte, Bayek, renouveau
Assassin's Creed Odyssey 2018 RPG / exploration 89 % positif Grèce, liberté, Kassandra
Assassin's Creed Valhalla 2020 RPG / monde ouvert 68 % positif Angleterre, alliances, démesure

Steam — Assassin's Creed II · Steam — Black Flag · Steam — Unity · Steam — Origins · Steam — Odyssey · Steam — Valhalla

La vision de Patrice Désilets : l'époque où chaque assassinat avait un sens

Altaïr (2007) : une ambiance unique, une structure répétitive

Lorsqu'Assassin's Creed paraît en 2007, il est autant fascinant que frustrant. Son atmosphère reste probablement la plus sombre et la plus étrange de toute la franchise. Jérusalem, Acre et Damas ne sont pas de simples terrains de jeu : elles donnent l'impression d'être surveillées, oppressantes et dangereuses. Altaïr ne ressemble pas encore au héros chaleureux qu'Ezio deviendra. Il est arrogant, froid, entièrement soumis à sa certitude de servir une cause juste.

Le premier jeu porte une idée que la série va ensuite abandonner : l'assassinat est un processus. Altaïr doit recueillir des informations, observer sa cible, préparer son approche à travers deux ou trois objectifs, puis en référer à l'agent responsable de la cellule avant de trouver une issue une fois le meurtre accompli. Le joueur ne se contente pas de suivre un marqueur avant un combat contre une barre de vie : il doit comprendre l'espace.

Assassin Creed 2

Cette approche reste très appréciée dans les discussions consacrées au premier épisode, qui évoquent encore son ambiance inquiétante et la place centrale accordée au métier d'Altaïr. Mais ces mêmes joueurs reconnaissent généralement son principal défaut : une structure répétitive faite d'écoutes, d'interrogatoires, de vols et de tours à escalader avant chaque meurtre. Sur Steam, le titre conserve des avis globalement favorables, sans atteindre l'enthousiasme suscité par les aventures d'Ezio. Cette répétitivité n'est pas une invention de joueurs modernes : elle était déjà visible à l'époque. Mais le premier Assassin's Creed possédait une conviction si forte que ses limites pouvaient presque passer pour un choix artistique.

Ezio Auditore (2009-2011) : la trilogie qui a tout corrigé

Avec Assassin's Creed II, Patrice Désilets et ses équipes corrigent presque tout ce qui limitait le premier jeu. Ezio apporte immédiatement ce qui manquait à Altaïr : une vie, une famille, de l'humour, une évolution visible. Nous le découvrons dès sa naissance — une cinématique rare pour l'époque — avant de le voir confronté à l'exécution de son père et de ses frères, moment glaçant renforcé par la présence sur l'échafaud de son plus jeune frère, âgé de 13 ans.

assassin creed

La force d'Ezio réside dans le temps que la série accepte de lui consacrer : sa transformation accompagne toute l'aventure, et la Renaissance italienne devient le décor de son passage à l'âge adulte. Les avis consacrés à Assassin's Creed II sont encore aujourd'hui largement enthousiastes ; Florence et Venise restent aussi plaisantes à parcourir, même si les quêtes secondaires de collecte de plumes — nécessaires pour débloquer la cape Auditore — ont marqué les joueurs pour leur difficulté plutôt que leur plaisir. Le jeu conserve sur Steam des évaluations très positives, souvent accompagnées de témoignages le présentant comme le sommet émotionnel de la franchise, même si ce n'est pas unanime. Les critiques portent surtout sur un parkour parfois capricieux et des combats devenus très simples.

Brotherhood (2010) transforme ensuite Rome en territoire à reconquérir et donne au joueur sa propre confrérie à former, avec un vrai gameplay de mentor : recrutement d'Assassins, envoi en mission à travers l'Europe. Les avis restent très positifs, Brotherhood étant souvent présenté comme l'apogée mécanique de la période Ezio — au prix d'exécutions en chaîne si puissantes qu'elles réduisent la tension d'infiltration. C'est là qu'apparaît une contradiction qui suivra toute la franchise : les joueurs disent vouloir de l'infiltration, mais apprécient tout autant la puissance et la fluidité.

Après Patrice Désilets : une série brillante mais progressivement industrialisée

Revelations (2011) : une conclusion plus qu'une innovation

Revelations reprend largement les systèmes de Brotherhood et ajoute une défense de repaire qui n'a jamais réellement convaincu. Il reste pourtant l'un des épisodes les plus aimés pour une raison simple : il sait terminer une histoire. Ezio vieillit, comprend qu'il a consacré son existence à un conflit dont il ne verra jamais la fin, et les souvenirs d'Altaïr relient enfin les deux premiers héros de la saga. (À noter : un court-métrage d'animation, Assassin's Creed: Embers, produit par UbiWorkshop, montre les derniers jours d'Ezio transmettant le Credo à une jeune Assassine d'origine chinoise.) Les avis Steam restent très positifs, mais distinguent clairement un récit réussi de nouveautés jugées peu indispensables pour justifier un nouvel épisode annuel.

Assassin's Creed III (2012) : Connor, le personnage le plus mal-aimé de la série

Avec Connor, la communauté se divise véritablement. Arriver après Ezio constituait probablement la mission la plus ingrate de l'histoire de la franchise : là où Ezio séduit immédiatement, Connor est réservé et rigide. Beaucoup de joueurs l'ont pris pour un personnage sans émotion, alors qu'il est surtout un homme pris entre son père templier, son peuple et une révolution qui proclame la liberté sans l'accorder à tous. Les avis du remaster restent partagés sur Steam, et la conclusion du cycle Desmond Miles est également un sujet de frustration récurrent — elle referme le premier grand cycle contemporain sans avoir préparé de véritable remplaçant. ( Note intéressante: l'acteur de doublage anglais de Desmond, Nolan North, prête aussi sa voix à Nathan Drake dans la franchise Uncharted.)

Black Flag (2013) : le meilleur épisode qui n'est « pas un vrai Assassin's Creed »

Puis arrive Black Flag, épisode paradoxal par excellence. Les joueurs continuent de le placer parmi les meilleurs titres de la série, alors qu'il est souvent accusé de ne pas être un véritable Assassin's Creed — une critique pas entièrement fausse, tant Edward Kenway passe une grande partie du jeu à poursuivre ses intérêts personnels. Mais réduire Black Flag à un excellent jeu de pirates revient à négliger son récit : Edward commence comme un homme qui ne comprend pas le Credo, vole une identité et pense que la liberté signifie l'absence de toute responsabilité. Ce n'est qu'après avoir perdu ses amis qu'il comprend la différence entre vivre libre et vivre pour soi.

Les évaluations Steam sont très positives, saluant presque unanimement les batailles navales, les chants de marins et le parcours d'Edward. Les critiques se concentrent sur les missions de filature et sur des séquences contemporaines jugées moins fortes que celles de Desmond. Black Flag reste finalement un très bon Assassin's Creed non parce qu'Edward serait déjà un Assassin, mais parce que son histoire explique pourquoi un homme aussi égoïste finit par croire en cette cause.

Mise à jour 2026 : le remake du jeu, Black Flag Resynced, développé par Ubisoft Singapour et sorti le 9 juillet 2026, a écoulé deux millions d'exemplaires dès son premier jour et obtenu 85 % sur OpenCritic et 84 % sur Metacritic — devenant l'épisode le mieux noté de la licence depuis l'original de 2013. Un signal fort sur l'attachement persistant des joueurs à cette période de la saga.

Rogue (2014) : la bonne idée qu'Ubisoft n'a jamais eu le temps d'explorer

Rogue reprend presque directement les systèmes de Black Flag et inverse le point de vue en faisant de Shay Cormac un Templier — une idée excellente que le scénario simplifie parfois pour rendre le changement de camp plus facile à accepter. Ses avis Steam sont très positifs, les joueurs appréciant son environnement glacé et le fait d'être pourchassé par des Assassins, mais les reproches sur sa longueur trop courte et sa réutilisation visible des animations de Black Flag reviennent constamment. Shay aurait mérité un jeu plus long, dans lequel sa conversion aurait été moralement plus inconfortable.

Unity (2014) : du symbole du lancement raté à l'épisode culte

Le cas d'Unity est le plus révélateur du rapport entre la série et ses fans. À sa sortie, le jeu devient le symbole des lancements précipités : bugs, problèmes de performance, visages déformés éclipsent largement ses qualités. Avec les années, une partie de la communauté l'a pourtant transformé en épisode culte — Paris reste l'une des villes les plus impressionnantes de la franchise, et les avis Steam sont désormais majoritairement positifs, loin de l'image catastrophique du lancement. Mais la nostalgie récente conduit parfois à exagérer ses qualités : le parkour, magnifique lorsqu'il fonctionne, peut aussi accrocher Arno au mauvais endroit ou produire un saut disproportionné. Unity n'est donc ni le désastre absolu de 2014, ni le chef-d'œuvre secret parfois célébré aujourd'hui, mais un jeu ambitieux, incomplet et lancé trop tôt. Notre rétrospective d'Assassin's Creed Unity en 2026 revient en détail sur sa réhabilitation.

Assassin Creed unity

Syndicate (2015) : la fin d'une formule qui n'avait plus rien à prouver

Syndicate cherche à rendre la formule plus accessible et plus légère. Londres est superbe, Evie Frye apporte une vraie orientation vers l'infiltration, et l'humour de Jacob rend l'aventure agréable — au prix d'un ton qui transforme parfois le conflit Assassins-Templiers en promenade touristique. Les avis restent favorables mais moins passionnés que ceux des grands épisodes, les critiques portant sur la répétition et un grappin qui facilite les déplacements au point de rendre une partie du parkour inutile.

Origins, Odyssey, Valhalla : le renouveau qui a fini par remplacer l'ancienne identité

Origins (2017) : le renouvellement nécessaire

Origins est probablement l'épisode le plus difficile à critiquer pour un fan de l'ancienne formule, car il transforme profondément la série tout en lui redonnant de l'énergie. Combat, équipements, niveaux, immense carte égyptienne : tout emprunte au RPG. Pourtant Bayek conserve l'humanité qui faisait la force d'Ezio et d'Edward. Les avis Steam restent très positifs, et même les joueurs qui regrettent l'ancienne formule reconnaissent souvent que Origins constituait un renouvellement nécessaire. La principale critique porte sur les niveaux : lorsque la lame secrète ne suffit plus à éliminer une cible à cause d'un chiffre trop élevé, quelque chose se brise dans la logique de l'Assassin.

Odyssey (2018) : « excellent RPG, mauvais Assassin's Creed »

Odyssey pousse tous les curseurs plus loin : la Grèce est magnifique, Kassandra charismatique, l'exploration maritime retrouve une partie du plaisir de Black Flag. Les avis Steam sont extrêmement favorables. Le débat se résume souvent par une formule devenue presque trop facile — « excellent RPG, mauvais Assassin's Creed » — mais elle traduit un vrai malaise : le jeu se déroule avant la création de la Confrérie et transforme le personnage en guerrier quasi mythologique. Certains joueurs le considèrent comme leur épisode préféré précisément pour sa liberté ; d'autres finissent par se lasser de ses camps et contrats répétés. Le principal reproche qu'on peut lui faire n'est pas d'être différent — Black Flag l'était aussi — mais d'avoir parfois l'air d'avoir ajouté le nom de la série et les Isu pour rattacher une grande aventure grecque à une marque existante.

Assassin Creed odyssey

Valhalla (2020) : quand la démesure devient difficile à défendre

Valhalla tente de corriger ce problème en ramenant les Ceux qu'on ne voit pas, Basim, la lame secrète et plusieurs références directes à la mythologie de la franchise. L'Angleterre saxonne possède une atmosphère magnifique et certains arcs narratifs sont remarquables. Mais c'est l'épisode où la démesure devient la plus difficile à défendre : les avis Steam sont sensiblement plus partagés que ceux d'Origins et d'Odyssey, les critiques évoquant surtout la longueur excessive et la répétition des alliances régionales. Le problème n'est pas la durée en elle-même, mais le fait que l'intrigue principale disparaisse régulièrement derrière des histoires régionales de qualité inégale.

Assassin's Creed Valhalla

La trilogie RPG a sauvé commercialement et créativement la franchise, mais elle a aussi créé une nouvelle forme d'épuisement : les cartes couvertes de petites icônes ont été remplacées par de gigantesques territoires remplis de contenus, sans que la tentation de confondre quantité et richesse ait disparu.

Note intéressante: Ubisoft voulait tenter de reprendre les phases de période contemporaine avec le personnage de Layla Hassan sur les jeux Origins, Odyssey et Valhalla. Malgré ça, elle n'a pas pu se démarqué de Desmond qui lui avait apporté une valeur « sentimental » avec la série des jeux de la première trilogie. Si nous suivons cette même logique, nous aurons dû avoir Basim comme nouveau protagoniste/personnage principale dans la période moderne accompagné de Rebecca et de Shaun, anciens compagnons de Desmond, que nous avons revu depuis Valhalla. Mais ça n'a pas été exploité dans Shadows qui lui a suivi une voie similaire à celui de Unity: une personne quelconque qui se balade dans l'Animus.

Mirage et Shadows : deux tentatives pour réconcilier les joueurs

Mirage (2023) : une bonne intention plus qu'un aboutissement

Mirage a été présenté comme un retour aux sources : Bagdad, les enquêtes, l'infiltration et une durée plus raisonnable semblaient répondre aux demandes des anciens fans. Les avis Steam sont globalement favorables mais reçus avec prudence. Le jeu réussit par son échelle — Bagdad est une ville que l'on peut apprendre à connaître, les toits redeviennent des chemins — mais reste construit sur les fondations techniques de la période RPG : Basim ne possède ni la précision d'Arno ni le contrôle offert par Ezio. La question revient fréquemment : s'agit-il d'un vrai retour aux sources, ou d'un jeu moderne habillé comme un ancien épisode ?

Assassin Creed mirage

Shadows (2025) : le meilleur compromis récent d'Ubisoft

Shadows reprend le modèle du grand RPG mais l'associe à deux personnages très différents : Naoe pour l'infiltration et la fragilité, Yasuke pour la puissance et le combat frontal. Ce contraste permet d'alterner deux styles, mais donne aussi l'impression qu'Ubisoft refuse toujours de trancher entre les deux identités de sa licence. Les avis Steam sont majoritairement positifs, saluant la beauté du Japon et le gameplay furtif de Naoe ; les critiques portent sur l'écriture et le déséquilibre entre les deux protagonistes. Il faut distinguer les commentaires négatifs liés uniquement aux polémiques précédant la sortie de ceux portant réellement sur le jeu : une fois cette agitation mise de côté, les reproches les plus intéressants concernent la structure familière du monde ouvert et une conclusion initialement jugée peu satisfaisante. Shadows est probablement l'un des meilleurs compromis produits par Ubisoft depuis longtemps — il améliore la formule RPG sans réellement la réinventer.

Assassin Creed shadow

L'avenir de la série dans un Ubisoft fragilisé

Le projet le plus prometteur à l'horizon reste Codename Hexe, présenté par Ubisoft comme une expérience plus sombre et davantage centrée sur la narration. Pour un fan, cette orientation est plus enthousiasmante qu'une carte encore plus grande — la série a besoin d'un épisode à la conviction claire, même s'il ne plaît pas à tous les publics.

L'avenir dépendra toutefois autant de l'économie que de la créativité. Sur l'exercice fiscal 2025-2026, Ubisoft a enregistré une perte opérationnelle IFRS de 1,322 milliard d'euros et vu ses réservations nettes annuelles reculer de 17,4 %, à 1,525 milliard d'euros. L'entreprise a également engagé une restructuration ayant conduit à environ 1 200 suppressions de postes, tandis que son nouveau plan de portefeuille a entraîné l'arrêt de sept projets et le report de six autres.

Dans le même temps, la licence reste un pilier incontournable pour l'éditeur : Assassin's Creed a dépassé les 220 millions de copies vendues à travers son histoire, ce qui en fait de loin la franchise la plus vendue d'Ubisoft.

Tencent a investi 1,16 milliard d'euros dans Vantage Studios, la structure qui regroupe Assassin's Creed, Far Cry et Rainbow Six. Elle est dirigée par Charlie Guillemot et Christophe Derennes. Depuis la finalisation de l'opération, Tencent détient une participation économique de 26,32 % dans Vantage Studios, qui reste exclusivement contrôlé et consolidé par Ubisoft. Il serait donc exagéré de présenter Tencent comme le nouveau directeur créatif de la franchise : les informations officielles disponibles ne lui attribuent pas la direction créative d'Assassin's Creed. L'influence la plus probable est plus indirecte — Ubisoft et Tencent décrivent ces franchises comme des « plateformes durables » destinées à devenir de vastes écosystèmes, ce qui peut apporter des budgets solides, mais aussi pousser la série vers davantage de contenus permanents, de multijoueur et de monétisation.

La présence chinoise ne doit donc pas servir d'explication facile à tous les problèmes d'Ubisoft. Les dérives de l'annualisation, les mondes trop vastes et la perte du récit contemporain existaient bien avant Vantage Studios. Tencent n'a pas créé la crise d'identité d'Assassin's Creed ; il investit dans une franchise qui la traversait déjà.

Assassin's Creed n'a pas besoin de redevenir ancien, mais de redevenir sincère

Après avoir recroisé les commentaires des joueurs à travers différents sites spécialisés et réseaux sociaux, une conclusion s'impose : il n'existe pas une seule communauté Assassin's Creed. Certains veulent un RPG immense ; d'autres une aventure urbaine et furtive. Certains adorent Odyssey et supportent difficilement le premier jeu ; d'autres considèrent qu'Altaïr représente encore la forme la plus authentique de la série.

Ubisoft ne pourra jamais satisfaire entièrement ces publics avec un même épisode. La meilleure solution consiste probablement à assumer plusieurs formats : les grands RPG peuvent continuer d'exister, espacés et débarrassés de leur remplissage ; des aventures plus courtes peuvent se concentrer sur une ville et une série d'assassinats ; des projets plus narratifs comme Hexe peuvent explorer des atmosphères différentes sans reproduire tous les systèmes précédents. Mais tous devraient partager un même principe : chaque élément doit servir l'identité de la franchise. L'assassinat ne doit pas devenir une simple attaque infligeant des dégâts. Le parkour ne doit pas seulement permettre de traverser le décor. Le présent ne doit pas apparaître quelques minutes pour rappeler que l'Animus existe.

Assassin Creed

Les commentaires des joueurs montrent aussi que les épisodes les plus aimés ne sont pas nécessairement les plus grands. Ils sont ceux qui possèdent une âme facilement identifiable : Assassin's Creed II est l'histoire d'Ezio, Black Flag celle d'Edward et de la fin de son monde, Origins celle d'un père dont le deuil donne naissance à une cause. Même Unity, malgré ses défauts, reste associé à une vision précise de Paris et du parkour.

La plus grande menace pour Assassin's Creed n'est donc pas l'échec d'un épisode, ni même la fragilité économique d'Ubisoft. C'est la possibilité que la série devienne une plateforme éternelle produisant continuellement du contenu sans plus savoir ce qu'elle veut raconter. Un grand Assassin's Creed ne se mesure pas au nombre de kilomètres carrés de sa carte. Il se reconnaît au moment où l'on atteint le sommet d'un monument et où la musique s'efface ; à la tension qui précède une exécution soigneusement préparée ; à un personnage dont on comprend les blessures. C'est cela que les fans réclament réellement, même lorsqu'ils ne sont pas d'accord sur la formule : non pas tous le même jeu, mais qu'Ubisoft recommence à créer chaque épisode avec une vision suffisamment forte pour justifier le nom Assassin's Creed.

FAQ

Quel est le meilleur épisode d'Assassin's Creed selon les avis des joueurs ?
Il n'y a pas de consensus unique : Assassin's Creed II et Black Flag reviennent le plus souvent comme coups de cœur toutes générations confondues, tandis qu'Origins et Odyssey dominent chez les joueurs venus par la période RPG.
Pourquoi Black Flag est-il considéré comme un bon jeu tout en étant critiqué comme « pas un vrai Assassin's Creed » ?
Parce que l'infiltration et l'assassinat y occupent une place secondaire par rapport à la navigation et aux combats navals — mais son récit reste fidèle au thème central de la série : la tension entre liberté individuelle et responsabilité collective.
Tencent contrôle-t-il désormais Assassin's Creed ?
Non. Tencent détient une participation économique de 26,32 % dans Vantage Studios, mais Ubisoft conserve le contrôle exclusif et la consolidation de la société.
Assassin's Creed va-t-il mal financièrement ?
Ubisoft dans son ensemble traverse une période difficile : le net bookings 2025-26 a reculé de 17,4 % à 1,525 milliard d'euros et environ 1 200 suppressions de postes ont été annoncées, tandis qu'Assassin's Creed reste l'une de ses franchises majeures avec plus de 220 millions de copies vendues annoncées publiquement.

Sources et vérifications

Les scores Steam sont des données évolutives : ils doivent être présentés comme une photographie de la réception à la date de mise à jour, et non comme une mesure définitive de la qualité des jeux.

JackFrost